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Histoire

Le nom de Solesmes est connu dès le début du 8ème siècle : Childéric III donne en 706 le village à l'abbaye de Saint-Denis en France : le diplôme le nomme « nos villa nostra nocopante Solemio quoe ponitur un pago fanmartinse ... » (notre villa appelée Solesmes, située dans le comté de Famars ...).

Ce nom a été diversement orthographié mais le plus souvent on trouve Soleme(s), ou Solemmes. Voici quelques unes des nombreuses variantes : Solemium (an 706), Solempnio (an 1095), Solemes (an 1338), Solesmes (an 1349), Solempnes (an 1640)...

Deux étymologies sont avancées :

1 - C'est un nom d'origine germanique que l'on a romanisé. Solesmes est un nom composé du teuton «hem», demeure, maison et d'un préfixe « Sol ».

Il y a deux possibilités pour le préfixe « Sol ». La première hypothèse dit que « Sol » dérive d'un nom d'homme ; dans ce cas SOLHEM signifie la demeure d'un homme appelé Sol. La deuxième explication, plus crédible, est tirée de sa situation sur la rivière qui y passe (Salle pour Selle) d'ou « Sal hem », « Saul hem » (habitation près de la Selle). On écrit donc Soleme pour Solhem comme c'est le cas pour Hellemes pour Helhem (habitation sainte) et Wazemmes pour Wazhem (habitation près de l'eau).

2 - Jacques de Guise donne une étymologie latine « Fanum Solis », temple du Soleil.

La première hypothèse et sa deuxième variante, quant au préfixe, sont privilégiées car l'orthographe de la rivière SELLE a, elle aussi, évolué au cours des siècles. On trouve : Salis, Sale, Save. Sabis, Ses, Seille puis Selle.

Le terroir de Solesmes s'étale sur 2 385 hectares, à l'altitude de 70 m (au niveau de l'église). Il englobe les hameaux d'Ovillers (altitude 123 m au cimetière) d'Amerval (125 m) et de la Croisette (132 m).

Un simple coup d'œil sur une carte montre que Solesmes est essentiellement bâti sur la rive droite de la Selle. Un plan muet, sans date précise, mais que l'on peut estimer d'avant 1778, confirme cette observation et, on constate que les maisons sont –en général- plutôt éloignées des berges de la Selle. La ville est enserrée entre deux petits ruisseaux : le cours naturel du Béart et le ruisseau des Fontaines . La rivière du moulin est quasiment au milieu de l'agglomération. On commence à lotir la rive droite du Béart : c'est l'amorce du quartier du Nouveau Monde et la rue du Général de Gaulle.

Les quartiers de l'ancienne gare et de la route de Briastre, situés sur la rive gauche de la Selle, sont des extensions des 19 et 20ème siècles.

UN PEU D'HISTOIRE ....

De l'an 706 à l'an 1605 Solesmes reste la propriété de l'Abbaye de Saint-Denis en France qui y fonde un petit prieuré. A cette époque le village de Forest n'existe pas, il est inclus dans le terroir solesmois. (La fondation du village de Forest remonte à 1180 date à laquelle les religieux de Saint-Denis cèdent les bois adjacents à la chaussée Brunehaut à Baudouin V et à Marguerite d'Alsace son épouse).

Les moines défrichent et font défricher la terre mais, pour l'Abbaye de Saint-Denis gérer une grande propriété si loin du siège n'est pas chose facile. Sa richesse excite les convoitises des seigneurs voisins, des évêques des villes proches et même des abbayes situées à proximité. Ainsi les Abbayes de Saint-Denis et Maroilles ont longtemps bataillé pour la possession de Croix-Caluyau.

Pour défendre leurs biens les moines choisissent le seigneur de Bousies comme avoué. Choix qui s'est révélé au fil des ans désastreux car les seigneurs de Bousies sont avides et ... l'avouerie est héréditaire !

Vers 1202-1233 Solesmes est doté d'une charte dite « Loi de Solesmes » pour essayer de régler les problèmes entre l'Abbaye et l'avoué en « encadrant » les actions de ce dernier.

Les finances de Saint-Denis finissent par connaître quelques revers et l'abbaye vend Solesmes à l'Archevêque de Cambrai le 15 février 1605 pour la somme de « 28 000 livres tournoys, monnaie de France, francs deniers » .

Ces neuf siècles de jouissance bénédictine n'ont pas été –loin de là- une période de quiétude pour les Solesmois. La position de Solesmes, terre française de par son appartenance à Saint-Denis, située en territoire bourguignon puis au Pays-Bas espagnol génère quelques problèmes.

Voici quelques uns des nombreux conflits qui troublèrent la région et Solesmes par conséquent :

- Le 29 juin 822 les Normands ravagèrent le Hainaut.

- En 1186 Beaudouin, comte de Hainaut, entre en guerre avec son beau frère Philippe d'Alsace.

- Dans les années 1340 escarmouches entre Français et le Duc de Normandie.

- 1430-1435 : conflit entre les Armagnacs et les Bourguignons, les Français pillent Solesmes.

- de 1528 à 1538 ce n'est pas une guerre mais un dérèglement climatique « n'eut été la durée inégale des jours, on n'eut pas su reconnaître dans quelle partie de l'année on vivait. L'été semblait avoir pris la place des autres saisons pour régner perpétuellement, et dessécher la terre. Aussi, les récoltes mûrissaient avant d'avoir produit leurs graines, et une multitude d'insectes et de vers leur faisaient d'ailleurs, une guerre continuelle, de sorte qu'il en résulta une effroyable famine qui ne cessa qu'après cinq années » .

- A la fin du 16ème siècle BALAGNY, gouverneur de la citadelle de Cambrai, ravage la région.

Sous le règne de l'archevêque de Cambrai de 1605 à la Révolution Française les guerres ont continuées. Guerres de Trente Ans dès 1636, de Succession d'Espagne ce qui amène la présence de troupes d'une façon quasi permanente jusque 1715 date de la mort de Louis XIV.

Outre les engagements entre belligérants le stationnement des troupes induit pour les habitants de multiples réquisitions : logement, nourriture des troupes et des animaux, destructions des cultures et donc famines.

Si les conflits armés s'apaisent un peu, dans la région, jusqu'à la Révolution, la longue période de guerre que Solesmes vient de traverser a engendré une guerre « économique ». Le commerce des bières, vins, eaux de vie et tabac a pris un essor considérable à Solesmes et dans ses hameaux : les Solesmois, protégés par leurs franchises, vendent leurs alcools à bas prix par rapport au prix officiel pratiqué par les fermiers du Roi. Les conséquences sont : contrebande ; les habitants des cités limitrophes se saoulent et les soldats des garnisons voisines s'enivrent, se battent, désertent, maltraitent les commis qui veulent les arrêter ... Le 6 janvier 1756 marque la fin de cette guerre économique car les habitants de Solesmes n'ont plus le droit de vendre chez eux de l'alcool.

La période révolutionnaire

Le 19 février 1789 les Solesmois choisissent 7 députés pour les représenter au baillage du Quesnoy du 15 au 21 avril 1789.

Ces députés se réunissent dans un café rue Bistoquette (actuelle rue Henri Renaux) qui subsiste toujours. Sa porte est surmontée d'un linteau sculpté qui porte :

• Deux dates : 78 et 18. La première date (17)78 marque probablement la date de la première construction de la maison et la seconde –(18)18- indique soit un profond remaniement de l'édifice soit une reconstruction.

• Les initiales du couple : AF - CF (Adrien FOREST époux de Catherine Flament)

• Une devise : plus penser que dire.

• Un cœur gravé au milieu de la devise (entre « penser » et « que)

• Une rouelle symbolisant le soleil, à gauche de ce soleil est gravé un verre et à gauche figure un pichet

Au dessus de ce linteau une pierre sculptée représente une bouteille. C'est la marque professionnelle d'un cabaret. Le cabaret a été démoli et rebâti en 1818, l'enseigne a été réinsérée au dessus du linteau neuf. Pour la petite histoire, le propriétaire y a gagné le surnom de Tiers Etat. En 1844 c'était encore un Adrien Forest dit « Tiers Etat » qui en était propriétaire.

Quant à la devise, elle démontre la solide philosophie du propriétaire peut-être à cause du surnom ? ou de la profession ?

L'agrandissement (photo 31) montre que le monogramme du Christ figure dans la sculpture. Les lettres « I » et « S » sont situées de part et d'autre du « H » mais en petits caractères.

La croix qui surmonte la lettre H a des extrémités concaves.

2145 - solesmes

 

2145_1 - solesmes

Comme partout ailleurs on éleva un « autel à la Patrie » dans l'église qui servit également de lieu de réunion mais Solesmes aurait traversé la Révolution sans trop de dommages s'il n'y avait pas eu la coalition de l'Europe contre la France. La guerre est déclarée le 20 avril 1792. Une offensive de l'Armée du Nord tourne court dès le 29 avril. Les Autrichiens sont stoppés par la victoire de Dumouriez à Jemmapes le 5 novembre 1792 mais le répit est de courte durée. Le 18 mars 1793 les troupes françaises sont défaites à Neerwinden et les coalisés (Autrichiens et Anglais entr'autres) reviennent dans le Nord. Le 6 août 1793 le Duc d'York, avec son armée, vient camper à Solesmes au Nord-Est de la ville au lieu-dit « Le Marou », entre Solesmes et son hameau d'Ovillers, à proximité du Béart (pour l'approvisionnement en eau des soldats). A partir de cette date et jusqu'au mois de juillet 1794 de sanglants combats se déroulent dans les régions environnantes et Solesmes supportera, en plus, les conséquences du stationnement d'une armée.

Deux ecclésiastiques, originaires de Solesmes, Louis Alexandre RICHEZ , curé de Briastre et Pascal LANCIAUX , curé de Jolimetz sont respectivement guillotinés à Valenciennes les 17 octobre et 6 novembre 1794. Ils s'étaient réfugiés dans cette ville pendant l'occupation autrichienne.

Après la chute de l'Empire, Solesmes est occupé par les soldats prussiens en 1815 puis par les russes (régiment de la Nouvelle Ingrie, douzième division d'infanterie) de 1816 à 1818. Il s'ensuit de nombreuses contraintes financières pour la commune (qui doit régler les factures des armées occupantes) sans compter celles que subissent les habitants.

Durant le 19ème siècle la ville prend progressivement l'aspect que nous lui connaissons actuellement. Le cadastre de 1844 redresse le tracé des rues, détermine les alignements des maisons et impose des règles d'urbanisme qui devront être respectées au fil des ans.

Le premier cimetière du hameau d'Ovillers est construit en 1842 car, jusqu'à cette date, les morts du hameau étaient inhumés à Solesmes . Implanté route de Forest il est situé à la limité des territoires de Solesmes et Forest et ne peut donc s'agrandir. Il sera transféré à son emplacement actuel, (route de Solesmes à Ovillers) en 1906-1907, en même temps le conseil municipal décide la création du cimetière d'Amerval.

Deux épidémies de choléra (au moins) sévissent en 1832 et 1877.

La guerre de 1870 n'épargne pas Solesmes qui est de nouveau occupé par les Russes. Un monument commémoratif aux Morts de cette guerre s'élève dans le cimetière de la commune.

Le 16 juin 1872 la construction de la ligne de Chemin de Fer Cambrai – Dour (Belgique) est décidée par l'Assemblée Nationale : elle passe à Solesmes. Elle est construite dans la décennie et engendre de nombreuses conséquences : achats et expropriations de terrains, construction de nombreux remblais et déblais nécessités par le profil de la ligne, percement de l'avenue de la Gare...

La première moitié du 20ème siècle est marqué par les deux guerres mondiales.

L'occupation pendant la Première Guerre Mondiale est douloureuse (comme partout en zone occupée) et les combats pour la libération du territoire ont été durs. Le Monument aux Morts de la commune compte 187 soldats morts aux combats ainsi que 14 victimes civiles. Quant à la guerre de 1939-1945, Solesmes déplore 14 soldats tués au combat et 66 victimes civiles tuées lors des bombardements de 1940 et du 9 mai 1944.